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Réforme des formations du travail social 2026 : tout ce qui change pour les futurs diplômés

Social

Publié le 25/04/2026

Delphine de Guillebon

Delphine de Guillebon

co-fondatrice Eurêka Study

À la rentrée 2026, les formations au travail social changent en profondeur. Cinq diplômes d’État de niveau licence, ceux qui ouvrent les portes aux métiers d’assistant de service social, d’éducateur spécialisé, d’éducateur de jeunes enfants, d’éducateur technique spécialisé et de conseiller en économie sociale familiale, sont entièrement rénovés. Une réforme majeure, portée par des arrêtés publiés au Journal officiel le 14 octobre 2025, et dont les effets se font sentir dès les premiers vœux Parcoursup. Que vous soyez lycéen en réflexion sur votre orientation, parent accompagnant votre enfant, ou professionnel du secteur : voici tout ce qu’il faut savoir.

 

Pourquoi cette réforme ? Un secteur en crise d’attractivité.

Le travail social est un secteur vital mais en souffrance. Selon les données de la DREES, 8 recrutements sur 10 sont jugés difficiles dans le social, contre moins de 6 sur 10 pour l’ensemble des professions, un écart qui illustre une pénurie structurelle de main-d’œuvre. La désaffection pour les formations aggrave la situation : le nombre d’inscrits dans les formations aux professions sociales a chuté de 14,5 % entre 2010 et 2023, et la tendance ne s’est pas inversée en 2024 (-0,3 % supplémentaire). En 2024, ce sont encore 4 230 étudiants qui ont interrompu définitivement leur formation en cours d’année, soit un taux d’abandon de 7,4 %.

Face à cette situation, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), avec les ministères chargés des Solidarités et de l’Enseignement supérieur, a piloté une réforme de grande ampleur.

L’objectif : rendre les formations plus lisibles, plus flexibles, mieux alignées sur les réalités du terrain, et en conséquence plus attractives.

 

Les cinq diplômes concernés.

La réforme porte sur les cinq diplômes d’État de niveau 6 (bac+3, grade de licence) du secteur :

Diplôme Sigle Entrée en vigueur
Diplôme d’État d’assistant de service social DE-ASS Septembre 2026
Diplôme d’État d’éducateur spécialisé DE-ES Septembre 2026
Diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants DE-EJE Septembre 2026
Diplôme d’État d’éducateur technique spécialisé DE-ETS Septembre 2026
Diplôme d’État de conseiller en économie sociale familiale DE-CESF Septembre 2027

Ces cinq métiers représentent plus de 280 000 professionnels et environ 13 000 diplômés par an. Ils constituent le cœur du secteur de la cohésion sociale, intervenant auprès de personnes vulnérables dans des structures très diverses.

 

Ce qui change concrètement dans les formations.

1. Des critères d’accès harmonisés et une entrée par Parcoursup

Pour accéder aux quatre formations entrantes en 2026 (DE-ASS, DE-ES, DE-EJE, DE-ETS), les conditions d’admission sont désormais communes. Il faudra remplir au moins l’un de ces trois critères :

  • Être titulaire du baccalauréat ;
  • Posséder un diplôme, certificat ou titre de niveau 4 minimum inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ;
  • Avoir interrompu ses études initiales depuis au moins deux ans et être âgé d’au moins 20 ans à la date de reprise.

L’admission s’effectue désormais via Parcoursup et est complétée par un entretien de motivation. Depuis le 19 janvier 2025, la plateforme propose déjà ces cinq formations dans leur version rénovée.

 

2. Une architecture en quatre blocs de compétences pour 180 ECTS

La grande nouveauté structurelle de cette réforme est l’organisation des formations autour de quatre blocs de compétences représentant 180 ECTS (crédits européens, équivalents licence). Trois blocs sont communs à l’ensemble des métiers ; le quatrième est spécifique à chaque diplôme.

Bloc de compétences Commun
Concevoir et conduire un accompagnement éducatif (ou social) Oui (avec variante EJE)
Favoriser l’autodétermination des individus et des collectifs Oui
S’inscrire dans une dynamique partenariale et territoriale Oui
S’inscrire dans un contexte professionnel de travail social (bloc métier spécifique) Non — propre à chaque diplôme

Le bloc commun comprend notamment des compétences transversales nouvelles : travail en réseau, coordination, intervention collective, numérique, innovation sociale, transition écologique et démographique. Les référentiels intègrent également des compétences psychosociales, de réflexivité et d’éthique professionnelle.

 

3. La fin du mémoire de fin d’études, place au contrôle continu

Le traditionnel mémoire de fin de formation disparaît. Les compétences seront désormais évaluées par un contrôle continu, complété par une épreuve finale à l’issue de la formation. Chaque bloc de compétences doit être validé individuellement, il n’est pas possible de compenser une note insuffisante dans un bloc par un résultat excellent dans un autre.

 

4. Plus de 50 % de formation pratique maintenu

La spécificité professionnalisante de ces formations, leur principale force, est préservée : la part pratique reste supérieure à 50 % du volume de formation. En parallèle, les nouveaux référentiels dégagent davantage d’heures pour le travail personnel de l’étudiant et l’accompagnement pédagogique individualisé.

 

Les passerelles : la grande ambition de la réforme.

C’est l’un des axes les plus structurants de cette réforme : la création de passerelles facilitées entre les métiers du travail social, mais aussi vers d’autres secteurs connexes (santé, éducation, justice, politique de la ville).

Concrètement, un professionnel déjà titulaire d’un diplôme du travail social souhaitant en obtenir un second n’aurait plus à refaire l’intégralité de la formation : il lui suffirait de valider uniquement le bloc métier spécifique du nouveau diplôme visé, les trois blocs communs étant déjà acquis.

Cette logique de parcours modulables vise également à faciliter les reconversions professionnelles et les reprises d’études, en reconnaissant les compétences acquises dans d’autres secteurs. Pour les personnes en cours de carrière, c’est une vraie opportunité d’évolution sans repartir de zéro.

Bon à savoir pour l'orientation

Un étudiant inscrit en DE-EJE qui souhaiterait, après quelques années d’exercice, obtenir le DE-ES, n’aurait a priori à valider que le bloc de compétences spécifique à l’éducateur spécialisé. Une souplesse inédite qui change la donne pour les parcours professionnels dans le social.

 

Ce que ça change pour les candidats à l’orientation.

Pour les lycéens et leurs familles, cette réforme a des implications directes dès Parcoursup 2026 :

  • Les formations apparaissent déjà dans leur version rénovée sur Parcoursup depuis janvier 2025. Les libellés, les contenus et les attendus ont évolué.
  • L’entretien de motivation prend de l’importance : il complète le dossier académique et devient une étape incontournable de l’admission. Il faut y préparer un discours sur son projet professionnel, sa connaissance du secteur et sa motivation pour le métier visé.
  • Le choix du diplôme spécifique reste structurant : malgré le tronc commun, chaque métier conserve un bloc de compétences propre et une identité professionnelle distincte. Choisir d’être éducateur de jeunes enfants ou assistant de service social n’est pas la même chose, et les passerelles, aussi facilitées soient-elles, ne dispensent pas d’une réflexion approfondie sur son projet.
  • Les anciens diplômés ne sont pas concernés : la réforme s’applique aux nouvelles promotions entrant en 2026. Les professionnels déjà diplômés conservent la pleine valeur de leur titre.

 

Des voix critiques : ce qui fait débat.

La réforme ne fait pas l’unanimité, loin de là. Plusieurs organisations professionnelles ont exprimé de vives réserves.

La réforme accentue encore le rapprochement avec le modèle de la licence universitaire. Le nombre de stages pourrait être réduit. Or ils sont essentiels pour découvrir les différentes structures dans lesquelles les diplômés pourront travailler.

La FNEJE (Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants) dénonce notamment une dilution de l’identité du métier d’EJE au profit d’une approche trop généraliste du travail social : le nombre d’heures dédiées spécifiquement à l’accompagnement du jeune enfant serait considérablement réduit. Elle pointe aussi une injustice : les professionnels diplômés avant 2021 ne bénéficient pas du grade licence, contrairement à certains universitaires extérieurs au secteur.

Force Ouvrière va plus loin, voyant dans l’architecture en blocs de compétences le risque d’une standardisation des pratiques et d’un glissement vers une logique de rémunération au mérite plutôt qu’à la qualification, en cohérence avec le projet de convention collective unique porté par l’État et les employeurs.

À l’inverse, les grandes fédérations d’employeurs, FEHAP, Nexem et UDES, soutiennent la réforme, estimant que la mise en place d’un tronc commun et la promotion des mobilités professionnelles contribueront à l’attractivité et à la fidélisation des professionnels dans un secteur en tension. Régions de France partage ce point de vue.

La question centrale reste posée : face à une crise d’attractivité structurelle où les salaires demeurent insuffisants et les conditions de travail éprouvantes, une réforme des référentiels de formation est-elle suffisante pour inverser la tendance ? Pour beaucoup de syndicats, la réponse est non, et sans revalorisation salariale, le secteur continuera de peiner à recruter et à fidéliser.

 

Ce que cette réforme ne change pas (et qui interroge).

Il est important de nuancer l’ambition affichée par quelques angles morts :

  • La question salariale n’est pas traitée. Or le manque d’attractivité du secteur tient en grande partie aux rémunérations, jugées insuffisantes au regard de la qualification requise et de la charge émotionnelle du travail.
  • Les conditions de vie étudiante dans les IRTS et autres établissements de formation ne s’alignent pas sur celles des étudiants universitaires (accès aux services de santé, accompagnement handicap, etc.).
  • La réduction potentielle des temps de stage inquiète les formateurs et les professionnels de terrain, qui considèrent l’immersion pratique comme le cœur de ces formations.
  • La réforme ne crée pas un diplôme unique, une piste envisagée par la Cour des comptes dans son rapport de janvier 2025. Les spécificités de chaque métier sont maintenues, ce que demandaient étudiants et professionnels.

 

Le calendrier à retenir.

Étape Date
Publication des cinq arrêtés au Journal officiel 14 octobre 2025
Ouverture des formations rénovées sur Parcoursup 19 janvier 2025 (déjà en ligne)
Entrée en vigueur pour ASS, ES, EJE, ETS Septembre 2026
Entrée en vigueur pour le CESF Septembre 2027

 

En résumé : ce que retenir pour l'orientation

5 diplômes rénovés, un accès harmonisé par Parcoursup, 4 blocs de compétences dont 3 communs, fin du mémoire au profit du contrôle continu, passerelles facilitées entre les métiers. Une réforme ambitieuse sur le papier, qui devra faire ses preuves face aux défis structurels du secteur. Pour les candidats, le fond reste inchangé : il s’agit d’un engagement fort auprès de publics vulnérables, qui mérite une réflexion sérieuse sur son projet professionnel.

 

 

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Sources : Ministère du Travail et des Solidarités (solidarites.gouv.fr, 19/02/2026) ; Staffsocial.fr (17/12/2025) ; Miroir Social (24/03/2026) ; La Gazette des Communes (21/10/2025) ; Banque des Territoires (20/10/2025) ; L’Étudiant (04/06/2025) ; FEHAP (fehap.fr) ; Force Ouvrière (force-ouvriere.fr) ; Journal officiel, arrêtés du 6 octobre 2025.
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Delphine de Guillebon

Consultante en Orientation Scolaire
Cofondatrice d’Eurêka Study
Cabinet d’orientation à Paris 16° & Consultation OnLine

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